Internet est quelque chose de pratique, tant que l'on n'a pas à se soucier de la manière dont ca marche. Pour l'immense majorité d'entre nous, cela doit rester un outil, un moyen, mais cela ne doit certainement pas devenir une contrainte.
Pourtant, on ne peut ignorer le fait qu'il s'agisse d'un outil technique, reposant sur une quantité colossale d'intelligence humaine. Et comme tout outil complexe, il arrive qu'il ait des défaillances, des limites. Cela pourra se traduire de différentes manières. Les défaillances pourront être des bugs sur des applications en ligne ou des sites web mal conçus, des périodes d'inaccessibilité (liées à des attaques ou à une mauvaise gestion du trafic sur un site) ; les limites pourront être des lacunes au niveau de certaines fonctionnalités que vous souhaiteriez voir implémentées ou des difficultés à naviguer liées à un manque de bande passante.
Beaucoup de cas de figure peuvent être envisagés, mais tous n'ont pas le même impact sur notre usage du web et l'expérience que l'on peut en avoir. Un bug sur un site ? Vous passerez votre chemin... Des fonctionnalités manquantes ? Vous chercherez un outil les intégrant, modifierez vos usages, ou vous contenterez de ce qui est disponible à date.
La question de la bande passante disponible est plus complexe. Elle a toujours été un enjeu de taille, tant pour nous en tant qu'utilisateur, que pour les FAI (Fournisseurs d'Accès à Internet) qui cherchaient à proposer les offres les plus attractives possibles, et les plus intéressantes pour leurs clients.
De la fin des années 90 au milieu des années 2000, nous avons ainsi assisté à une forme de "course à l'armement" durant laquelle les FAI tentaient d'offrir le plus de débit possible à leurs clients.
C'est ainsi que nous sommes passés de nos vieux modem bruyants proposant des débits de 28kb/s ou 56kb/s et occupant la ligne téléphonique du foyer, à des offres ADSL de 128 ou 512kb/s puis 1, 2, 5, 10Mo/s nous permettant de téléphoner tout en étant connecté à internet. L'augmentation progressive de ces débits a dans le même temps favorisé la création d'applications plus complexes, et par conséquent plus "lourdes". Qu'il s'agisse de photo, de vidéo ou de musique en ligne, les contenus riches ont pris de plus en plus de place. Nos forfaits internet se sont également dotés d'offres de téléphonie et de télévision, utilisant également le réseau.
L'autre tendance de fond qui s'est développée dans ce laps de temps est le placement de l'utilisateur au centre du processus de création de contenu sur internet. Nous parlons alors de User Generated Content (UGC). Les blogs sont un symbole de ce phénomène et l'importance qu'ils ont pris de 2003/2004 à aujourd'hui est représentative de l'ampleur de celui-ci.
Le troisième et dernier aspect fondamental est le phénomène social qui s'est développé sur internet sous l'étiquette très répandue de "2.0". Tous les services permettant de mettre des individus en relation et leur donnant la possibilité d'interagir ont favorisé l'émergence d'une certaine viralité sur le net.
Tous ces phénomènes combinés (augmentation de la bande passante et apparition de services plus gourmands, possibilité pour l'utilisateur de publier ses propres contenus, propagation de ceux-ci par le biais des réseaux sociaux) ont donné une ampleur sans précédent à la quantité de données échangées sur le web. Si l'on ajoute à cela, le fait que la part de la population connectée est aujourd'hui beaucoup plus importante qu'elle ne l'était il y a 10 ans, on se rend vite compte que pour supporter ces usages croissants, il faut que les tuyaux s'élargissent.
Crédit photo : Romain Biard
Or nous arrivons à un stade où il semblerait que les capacités offertes par les réseaux de nos FAI trouvent leurs limites. Les abonnés Orange ont ainsi fait la douloureuse expérience de voir leurs débits diminués et donc le temps de chargement de certains sites allongés. Parmi les services que nous utilisons, certains sont par ailleurs plus consommateurs que d'autres en bande passante puisque la nature même des contenus qu'ils diffusent est plus exigeante en ressources (la vidéo en particulier), et puisque beaucoup d'internautes y font appel (Youtube par exemple, pour ne pas le citer).
La question de la répartition de la valeur et des capacités de consommation de la bande passante offerte à tous les acteurs a donc été posées à plusieurs reprises ces derniers temps, notamment par des pouvoirs publics stigmatisant les fournisseurs de service comme étant responsable d'un certain engorgement des réseaux, particulièrement ceux ne résidant pas sur le sol français.
Pour être en mesure de comprendre ce que ces problématiques ont comme impact sur nos vies d'internautes, mais plus largement sur la manière dont nous pourrons continuer à utiliser internet dans les années à venir, il nous faut mettre à plat les différents éléments en notre possession.
Nous allons donc au travers d'une série d'article, décrypter les enjeux liés à cette saturation des réseaux.
N'hésitez pas à poser à tout moment vos questions afin que ce sujet, de prime abord abscons, devienne plus clair pour vous.
Nous commencerons ainsi par re-définir ce qu'est un fournisseur de service sur internet.
Nous découvrirons ensuite comment fonctionne un réseau pour avoir une meilleure vision de la chaîne de valeur.
Ce troisième article nous permettra de comprendre pourquoi il n'y a pas de raisons de taxer les fournisseurs de service, qu'ils soient étrangers ou non.
Dans un quatrième temps nous verrons pourquoi il est malsain de rejeter la faute en permanence sur les acteurs étrangers.
Nous tenterons enfin de trouver des actions à mettre en oeuvre pour nous permettre de continuer à bénéficier d'un web neutre et accessible à tous.
A la fin de cette série d'article, vous devriez être en mesure de comprendre quel rôle tient chaque acteur dans la transmission de l'information sur internet.
Nous aurons alors tous les éléments en main pour découvrir ce qu'est la Neutralité du Net. Mais cela fera l'objet d'un autre dossier.


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