Renaissance Numérique est le
think-tank du numérique citoyen en France. Cette association qui oeuvre au quotidien pour une plus grande pénétration du numérique dans la société française et un plus grand accès à celui-ci, a organisé le 22 novembre 2010 une conférence de presse pour présenter les résultats de plusieurs mois d'études sur l'intégration du numérique en France et sur les politiques régionales mises en place autour du numérique.
Cinq points saillants sont mis en exergue par le travail de Renaissance Numérique :
- Seulement 2 foyers sur 3 sont connectés à internet. La France de 2010 est au niveau de la Corée du Sud de 2001 !
- Moins d'une PME sur deux (48%) dispose d'un site internet : la France est à 13 points en dessous de la moyenne européenne.
- Les start-ups du numérique ne représentent que 2,1% des créations d'entreprise en France : les entreprises numériques se créent à l'étranger.
- Le chiffre d'affaire du e-commerce français ne représente même pas la moitié de celui du Royaume-Uni (25 milliards d'euros contre 56)
- Les écoles élémentaires comptent 11 élèvent pour 1 ordinateur.
Guillaume Buffet, co-président de Renaissance Numérique décrit ces chiffres de la manière suivante : "Nous sommes très loin des ambitions que nous avons pour notre pays. Le constat que nous faisons de la situation à l'heure actuelle est un pavé jeté dans la mare, les indicateurs sont clairement dans le rouge ! En un mot, c'est alarmant."
Concernant les politiques régionales, l'association a interrogé les régions sur la mise en place d'actions concernant la e-santé, l'éducation avec notamment le taux d'équipement des lycées, le soutien aux PME numériques ou aux projets innovants, et l'évaluation du taux de connection et d'équipement des foyers.
Les résultats de cette enquête ont notamment débouché sur une cartographie des régions, valorisant le travail des régions Ile de France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Aquitaine et Auvergne.
Carte des régions numériques
Afin de vous fournir un éclairage complémentaire sur certains points, nous avons interrogé Loïc Bodin, Délégué Général de l'association, qui a eu la gentillesse de nous répondre.

Loïc Bodin bonjour. Vous êtes Délégué Général de Renaissance Numérique. Pouvez-nous dire en quoi est-ce qu'un taux de 2 foyers sur 3 connectés est décevant pour un pays comme la France ?
Ce taux est décevant à deux égards.
Tout d'abord, il n'est pas à la hauteur des exigences qu'avaient formulées Renaissance Numérique lors de la publication de notre livre blanc en 2007, "2010, l'Internet pour tous !". Nous souhaitions qu'à fin 2010, 80% des foyers français soient connectés. A un mois de cette échéance, nous constatons que la France est en retard sur cet objectif.
Le second élément est le taux de connection des autres pays. La Corée par exemple, avec 95% de ses foyers connectés est le plus frappant, mais nous pourrions citer également l'Allemagne qui est à 85%, les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou les pays nordiques pour prendre des exemples plus proches de nous. Si eux y arrivent, pourquoi pas nous ?
De la même manière, une récente étude réalisée par Google et Ipsos, sur laquelle vous vous appuyez, montre que seulement 48% des PME françaises disposent d'un site internet. Est-ce réellement utile pour toute PME de se doter de ce type d'outils ?
Ce que ce chiffre met en exergue, c'est avant tout un manque de sensibilisation et de connaissance des gérants de PME, quant aux enjeux liés à internet.
Prenons un exemple. Vous, particulier, avez votre robinet de salle de bain qui devient défectueux. Votre premier réflexe va probablement être d'allumer votre ordinateur pour chercher le numéro d'un plombier sur internet. L'entreprise de plomberie qui n'a pas de site internet, ne serait-ce que pour se rendre visible et fournir ses coordonnées, se coupe alors d'un marché potentiel.
Prenons un deuxième exemple. Vous êtes producteur d'un produit du terroir, que vous commercialisez au sein d'une boutique physique que vous gérez, ou par le biais d'un réseau de distributeurs. En créant un site internet, et éventuellement en vendant vos produits sur ce site, vous allez vous ouvrir vers de nouveaux marchés, notamment à l'international, qui n'ont pas accès à vos réseaux de distributions traditionnels, et vous allez donc potentiellement développer vos ventes.
On voit donc bien qu'Internet est un levier fort de développement de notre économie.
On peut donc considérer que le e-commerce est un moyen de développer nos exportations et d'augmenter notre croissance ?
Bien sûr, puisque nous nous rendons accessibles à distance.
Mais le e-commerce ne vient-il pas marcher sur les plates-bandes du commerce classique ?
Il n'y a pas d'étude qui démontre cela, les usages auraient même tendance à prouver le contraire. Encore une fois, prenons un exemple.
Vous souhaitez acheter de la viande pour recevoir des amis. Ce n'est pas sur internet que cela va se passer, vous allez aller chez votre commerçant habituel. Considérons maintenant d'autres produits, peut-être plus sujets à de l'achat sur Internet : des vêtements, des produits culturels. Derrière les sites d'e-commerce sur lesquels vous allez acheter ces produits se trouvent bien souvent des enseignes, des commerçants qui ont pignon sur rue.
Le e-commerce vient donc plutôt en complément du commerce traditionnel.
En revanche, le marché français a tendance à se faire grignoter par des marchés étrangers qui eux sont accessibles via Internet. Nous avons donc tout intérêt à développer le e-commerce en France également, pour que nos voisins étrangers puissent eux aussi consommer nos produits, et rééquilibrer ainsi la balance des achats en ligne entre la France et les marchés étrangers.
Quels leviers seraient à actionner pour inverser cette tendance ?
Tout d'abord il faut en revenir au fait que seul 68% des français sont connectés à Internet. 1/3 de la population n'est donc pas en mesure d'utiliser des sites de e-commerce.
Par ailleurs, si le gouvernement a décidé d'investir dans le cadre du grand emprunt, le parlement menace de mettre en place de nouvelles taxes sur le numérique, ce qui serait tout à fait préjudiciable à de nombreuses start-up qui ont un équilibre économique fragile.
La taxation de la publicité sur internet mériterait de faire l'objet d'une interview à part entière, mais simplement, ce que vous êtes en train de me dire c'est qu'au lieu de rajouter des contraintes à des entreprises qui sont par essence fragiles, en phase de démarrage, on ferait mieux de les soutenir ?
C'est tout à fait çà. Il convient d'encourager nos entreprises, de les inciter à créer et à employer plutôt que d'inventer de nouvelles taxes sur le chiffre d'affaire, sans concertation avec les acteurs et sans harmonisation au niveau européen.
Loïc Bodin, 2,1% des PME créées le sont dans le domaine du numérique. Qu'est-ce que cela signifie exactement ? C'est peu ?
Nous avons peu d'éléments de comparaison par rapport aux autres pays d'Europe ou du monde. Par contre il existe une donnée sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Il s'agit de la part du numérique dans le PIB.
En France, le numérique ne représente que 4,4% du PIB, alors que la Bulgarie est à plus de 6%, le Royaume-Uni à 6,7%, l'Allemagne à environ 5% et la Hongrie à 5,8%.
Le secteur du numérique est un secteur moteur pour notre économie et faire en sorte que le nombre d'entreprises créées dans ce secteur augmente ne peut que nous être bénéfique.
Si vous deviez définir quelques actions prioritaires à mettre en place pour améliorer la situation, quelles seraient-elles ?
La définition de chantiers à ouvrir est une réflexion que Renaissance Numérique va mener sur l'année 2011. Cela étant, ce que l'on peut dire c'est que nous avons besoin en France de stimuler cet écosystème, de développer les usages. Pour cela, il est essentiel de ne pas limiter les discussions sur le numériques à tous ses dangers potentiels tels que la cyber-criminalité, la pédopornographie, ou le piratage. Le discours sur le numérique en France doit changer : tout en instaurant des règles, cessons d'être répressif, soyons constructifs.
Nous avons beaucoup souligné les axes d'amélioration de la France dans le domaine du numérique ; auriez-vous pour conclure, un point positif sur lequel vous souhaiteriez revenir ?
Tout d'abord, il est à noter que le numérique faisait partie du plan de relance, avec une enveloppe de 50 millions d'euros. C'est donc le signe qu'il s'agit d'un enjeu économique, d'un enjeu de croissance, d'emplois et d'avenir.
Par ailleurs, il est également pris en compte dans le cadre du grand emprunt, puisque 4,5 milliards d'euros lui sont alloués : 2 milliards pour des investissements dans des infrastructures, 2,5 milliards pour favoriser la création de nouveaux services et le développement de nouveaux usages.
Je tiens également à souligner le rôle que joue la DUI (Délégation aux Usages de l'Internet), notamment sur des actions telles que le développement des usages (les usages mobiles notamment en 2010 avec Proxima Mobile), le reconditionnement d'ordinateurs ou la mise à disposition d'informations sur les métiers du numérique. Enfin, même si nous sommes insatisfaits de la situation actuelle, ce qu'il y a d'intéressant, c'est le potentiel que représente le secteur du numérique, et notamment la capacité à exploiter celui-ci. Ainsi, si le e-commerce représentait 25 milliards d'euros en 2009, on estime à 31 milliards d'euros le poids de celui-ci en 2010, et la Fevad (Féderation du e-commerce et de la vente à distance) prévoit que nous restions sur cette tendance pour les mois à venir.
Loïc Bodin, je vous remercie pour ce précieux éclairage.
Monsieur,
Je suis de nationalité Belge et réside à Liège (Province de Liège) Belgique. Je suis lu dans de nombreux pays francophone, y compris le Canada français.
La France lit mon blog : « Récits curieux & Poésies » ; néanmoins, il est regrettable qu’aussi peu de Français soient connectés à Internet, cela me donne un nombre certains de lecteurs en moins.
Je rédige « presque tous mes récits » à l’aide de la nouvelle orthographe. Je souhaite, comme indiqué dans la bannière du site, divertir mes contemporains. Je ne tiens pas seulement à être lu par « ceux qui savent », par une élite, mais par tous.
Visionnez mon site, en cette fin d’année 2010, et vous pourrez remarquer qu’il est aussi accessible aux enfants et que je me suis mis au travail créatif pour les fêtes de Noël à des récits et contes par jour.
La Belgique — peut-être un petit pays — a un grand nombre de personnes connectées à Internet. Rendez service au citoyens français : dites-leurs de s’acheter un ordinateur (les prix ne sont plus ce qu’ils étaient !) et de se connecter au plus vite.
Internet est un bel outil si on sait s’en servir (voyez mon site) et un beau cadeau à s’offrir pour les fêtes..
Qui n’avance pas recul et Internet est chaque jour l’avenir depuis pas mal de temps.
Christian Jean Collard,-